Les qualités requises pour gagner au poker sur le long-terme sont très similaires a celles possédées par les traders qui spéculent sur les marchés. Avant d’aller plus loin dans cette explication, je tiens préciser que le rapprochement poker-trading n’a absolument rien de péjoratif pour les professionnels des marchés boursiers, contrairement a ce que la pensée populaire sur ce jeu pourrait faire croire.
Beaucoup pensent que le poker n’est qu’un jeu de hasard, ou les gagnants sont ceux qui ont reçu les bonnes cartes au bon moment. Comment leur en vouloir? L’expression “un coup de poker”, très utilisée dans la langue française, décrit une situation très risquée ou un individu tente le tout pour le tout. Les médias ne font rien pour embellir l’image qualitative du poker, comme le montre bien cet article des echos, qui compare les traders a des joueurs de poker de facon péjorative après l’affaire Kerviel. Cet article soulève de facon limpide l’ignorance totale de la plupart des gens sur ce jeu passionnant.
Il est vrai qu’à travers un regard extérieur inhabitué le poker peut rapidement être perçu comme un simple jeu de cartes avec des donnes aléatoires sur lesquelles l’expérience des joueurs n’a aucun impact. S’il est indiscutable que les donnes ne peuvent pas être manipulées avec l’expérience, cette dernière permet en revanche d’optimiser chaque main jouée en mélangeant un ensemble de facteurs permettant de gagner sur le long-terme:
Stratégie: Un joueur de poker expérimenté jouera ses mains différemment en fonction de sa position à la table qui détermine son tour de parole, et sélectionnera ses mains de départ par rapport a ce que les autres joueurs misent avant lui. Son éventail de mains jouables est largement supérieur en fin de parole lorsqu’il a pu voir les décisions des autres joueurs. En revanche, il jouera beaucoup plus serré en début de parole ou il n’a aucune connaissance de la force des mains de ses adversaires qui n’ont pas encore pris leur décision. Certaines configurations de jeu sont aussi plus propices au bluff que d’autres, bluff qui d’ailleurs est bien moins important en poker que la pensée commune voudrait le faire croire.
Ainsi, le “coup de poker” est loin d’être une situation de “quitte ou double”, mais bel et bien un mécanisme réfléchi et travaillé qui nécessite expérience, connaissance et maîtrise de soi. Il est vrai qu’une part de chance sur les résultats à court-terme est inévitable, mais le vrai poker ne se joue pas sur une partie, tout comme le trading ne se définit pas sur un trade.
Prenez le meilleur trader de n’importe quelle grande banque internationale et mettez le en compétition contre un singe sur un seul et unique trade à éxécuter en aller-retour sur une période de 2 heures, ce qui revient en gros a opposer un cerveau alerte et expérimenté à un cerveau totalement inexpérimenté agissant par pur hasard. Si les probabilités de surperformance du titre choisi par le trader dépassent celle du singe, elles n’atteindront jamais 100%, et ne s’en rapprocheront probablement meme pas. La performance d’un seul et unique trade sur une période aussi courte peut être impactée par tellement d’éléments extérieurs incontrôllables par nos protagonistes, que la part de chance dans le résultat final est indiscutable. En revanche, faites la même expérience sur un total de 1000 trades couvrant une période d’un an, et d’un seul coup vous réduisez la probabilité de surperformance du singe quasiment à néant (ou alors il faut virer le trader au plus vite!). Le poker marche sur le meme principe: je pourrais battre les plus grands champions du monde sur une partie, mais je n’aurais absolument aucune chance de finir avec l’avantage si on devait en jouer 1000 (a moins de me découvrir un don insconcient!).
La réputation du poker vient aussi du fait que la très grande majorité des vidéos disponibles sur les grands sites de streamings tels que Youtube ou Dailymotion parlent de coups incroyablement malchanceux ù un joueur perd une main sur laquelle il était pourtant largement favori avant l’abattage, ce que l’on appelle un “bad beat”. En fait, il s’agit simplement de la nature humaine qui s’amuse toujours beaucoup plus du spectacle qu’offre une situation “exceptionnelle”, ce qui est d’ailleurs vrai dans tous les domaines. Les néophytes qui visionnent une main extraordinaire ne comprennent pas toujours que des centaines de mains basiques se sont jouées avant qu’elle se produise.
Il ne faut pas oublier aussi que lorsqu’un joueur est la victime d’un “bad beat”, il y a toujours de l’autre côté un joueur qui l’inflige. La mémoire a tendance à retenir plus facilement les coups perdus par malchance que les coups gagnés par chance, mais il est évident qu’à long-terme un joueur se retrouve toujours de facon équitable des 2 côtés de ces “bad-beat”. Ceci dépend aussi de votre méthode de jeu: si vous êtes un joueur serré qui ne joue que les mains de départ fortes (ce que font en général les débutants), alors vous gagnerez un nombre plus large de mains mais perdrez aussi plus souvent sur “bad beat”. En revanche, si vous êtes un joueur aggressif qui joue avec un panel de mains de départ très large selon les situations (ce qui est le cas des professionnels), alors il se peut que vous ayiez a vous coucher plus souvent mais lorsque vous touchez vos cartes serez la plupart du temps celui qui inflige le “bad beat”. De plus, l’imprévu fait toute l’excitation de ce jeu, et permet le dévelopement et l’utilisation d’un panel très large de stratégies differentes. Si les mains favorites au moment de l’abattage gagnaient toujours, alors le poker n’aurait absolument aucun intérêt. En effet, il suffirait d’attendre sagement une des 2 ou 3 mains les plus fortes du jeu et les jouer a tapis à chaque fois (que personne ne suivrait d’ailleurs sans une autre main exceptionnelle!)